18 jui. 2009

LA NATURE DANS LES PROGRAMMES DE GEOGRAPHIE PREPARANT AU BEP ET AU BAC PRO ET DANS LES CONCOURS DE LA VOIE PROFESSIONNELLE

 

 LA NATURE DANS
 
LES PROGRAMMES DE GéOGRAPHIE
 

PREPARANT AU BEP ET AU BAC PRO

 

ET DANS LES CONCOURS DE LA VOIE PROFESSIONNELLE

 

Les lycées professionnels sont souvent des laboratoires pour l’ensemble des enseignements, si ce n’est pour les modes d’évaluation ou les démarches pédagogiques et didactiques, c’est dans le cadre des programmes en y introduisant les évolutions « savantes » de la discipline. Il est vrai que la bivalence des PLP (lettres-histoire-géographie) et la réalité de la voie professionnelle dans l’opinion favorisent cette situation. C’est d’autant plus fort quand, simultanément, sont publiés un nouveau programme de français, progressiste dans ses approches et contenus, et un nouveau programme d’histoire-géographie, novateur. Dans ce cadre le programme de géographie n’a pas conduit à de réelles réactions, mais à des interrogations et à un intérêt évident.

 

Publiés en 1992, appliqués à la rentrée 1993 pour les BEP, publiés en 1995, appliqués à la rentrée 1997 pour les Bac Pro, ces programmes ne sont qu’une liste de sujets d’étude et de notions (première nouveauté), mais dont la lecture donne une première indication.

 
Nature avez-vous dit ?

Seuls quelques-uns des sujets d’étude et quelques notions, en 2nde professionnelle, renvoient directement à cet objet : l’homme et les milieux de vie difficile, la terre comme système (moteur externe, moteur interne), l’environnement planétaire (gestion des ressources) d’une part, milieu, système-terre, érosion, cycle de l’eau. d’autre part.

 

Beaucoup plus riches sont les documents d’accompagnement des programmes quant aux choix épistémologiques et aux choix des mises en œuvre préconisées.

D’entrée celui de BEP annonce que ce programme « porte sur l’étude des relations entre l’homme et la planète »[1], et poursuit plus loin « il [le programme] part d’un postulat : la géographie, science sociale, vise à donner des clés pour comprendre le fonctionnement des espaces produits par l’homme en société ». Le programme part de l’homme, de sa répartition sur la Terre pour aller vers l’étude des espaces qu’il produit. Nature où es-tu ? 

 

Quant au document d’accompagnement du programme de Bac Pro, dans la présentation générale, il précise que « le programme insiste sur les relations que les sociétés, et les citoyens entretiennent avec leur territoire ». Le programme a pour sujets d’étude de grands états (France, états-Unis, Japon) ou de grands ensembles économiques (Europe, Asie de l’Est et du Sud-Est, Afrique) ; le point de vue retenu est celui de la compréhension d’ensemble du monde actuel, avec trois approches possibles « interdépendance, rivalité, inégalité ». Nature où es-tu ? 

 

Dans les orientations pour la classe de 1ère professionnelle, l’enseignant est amené à faire comprendre la réalité du territoire français ouvert sur l’Europe et sur le monde « en repérant les facteurs expliquant l’organisation du territoire afin de saisir les permanences [!] et les mutations ». (p 11) Quelles permanences ? Celles de la nature ?

Puis pour le premier sujet d’étude, le territoire français, il est invité à vérifier que les élèves sont en mesure de localiser les principaux ensembles physiques, les fleuves et … les villes. (p 12)

Dans le cinquième sujet d’étude Les citoyens et leurs territoires, pour une mise en œuvre fondée sur un « travail sur dossiers », il est évoqué les plans de situation des zones à risques (« inondations, avalanches ») deux fois en dix lignes. (p 17) Nature où es-tu ? Elle est ici bien présente, mais les exemples donnés s’inscrivent clairement dans un renvoi à une nature catastrophe (aujourd’hui les enseignants et les lycéens des LP de la Somme et du Midi méditerranéen notamment ont donc une situation toute trouvée). C’est tout pour ce niveau.

 

En Terminale Bac Pro, il faut attendre le troisième sujet d’étude L’Europe (p 29) pour lire « ce découpage politique (celui de l’Europe), conjugué aux données naturelles a pour conséquence … ». La nature devient élément explicatif. L’expression est plus explicite et pointe une idée d’association entre l’histoire et la nature.

On retrouve cette place de la géographie « physique » page 30 du document d’accompagnement du programme : le nom commun nature est utilisé lorsque sont envisagés les « rapports spécifiques à la nature » comme un des facteurs d’explication de la maîtrise de l’espace japonais. Ce sera la seule et unique fois sous cette forme, plus une fois sous celle d’adjectif « naturelles » (cf. ci-dessus).

Mais la nature n’est jamais loin dans l’étude de l’Afrique. Lorsque les professeurs sont invités à aborder la mise en valeur de l’Afrique « humide », ou encore l’agriculture de la zone « sahélienne », les éléments physiques sont nécessairement à prendre en compte, mais on n’oublie pas de rappeler que « l’un des objectifs de cette étude est de lutter contre les représentations réductrices et déterministes ».

 

Il faut donc revenir au programme de 2nde professionnelle (1ère année de BEP) pour qu’une place soit faite à la nature dès les intitulés déjà cités L’homme et les milieux de vie difficile, La terre comme système (moteur externe, moteur interne), L’environnement planétaire (gestion des ressources). La démarche, clairement précisée, est « la mise en évidence de l’étroite interdépendance des facteurs naturels et humains », mise en évidence « évitant le déterminisme » par l’étude des modalités et des moyens mis en œuvre par l’homme pour la maîtrise des milieux difficiles, des risques naturels et la gestion des ressources.

En fait, « il s’agit de mettre l’homme au centre de systèmes dont la principale caractéristique est de concentrer des contraintes naturelles extrêmes sur des espaces déterminés ». Certes la construction des notions de milieu et de risque est essentielle, mais surtout ces relations hommes – milieu naturel, par leur approche, doivent éviter le déterminisme. Histoire, conditions économiques, sociales et politiques sont ici tout aussi importantes que les données naturelles. Il est ainsi intéressant de s’interroger avec les élèves lors de l’étude du sujet « L’homme et les milieux intertropicaux » sur les choix des hommes dans l’organisation des espaces liés à ces milieux.

 

Les programmes des quatre années de LP n’offrent qu’une place limitée à la nature. Mais elle n’est jamais exclue ! Si elle n’est pas le point de départ, elle doit aider à localiser et surtout être un élément pour expliquer les choix de l’homme dans l’organisation des espaces.

 
 
Et dans les concours de recrutement des PLP ?

Là encore la nature n’occupe qu’une place réduite, essentiellement dans l’épreuve sur dossier, épreuve de réflexion sur la discipline en liaison avec les programmes des deux cycles. On y retrouve ainsi ces dernières années au concours externe quelques sujets sur l’étude d’un milieu (l’homme dans les milieux difficiles, milieu montagnard, milieu aride), sur la notion de milieu, sur le déterminisme à travers l’exemple des milieux montagnards, sur la notion de risque, sur les notions d’environnement et de développement.

En moyenne sur environ 25 sujets par an 4 ou 5 portent sur la géographie physique, pour faire rapide.

L’étroite relation entre le type de l’épreuve et les programmes explique en partie cette situation tout en confirmant la place de la nature dans ceux-ci.

 
 
Quelles conclusions ?

Lors de leur publication, les programmes de lycées professionnels sont apparus comme très progressistes et ils ont été reçus plutôt favorablement, aidés en cela par l’âge canonique des précédents (20 ans et 10 ans), même s’il a fallu une sérieuse remise en cause et de nombreux stages de formation pour des enseignants bivalents, surtout historiens et littéraires d’origine -les géographes étant très marginaux-, qui n’avaient pas – ou peu - suivis l’évolution de la discipline.

Quant à la réception par les élèves, elle a été, elle aussi, positive. Les programmes et les démarches préconisées (l’étude de situations pertinentes, démarche inductive) ont permis de créer un nouvel intérêt : réfléchir et raisonner sur l’aménagement, l’organisation, le fonctionnement d’un espace ou d’un territoire donnent, pour eux, plus de sens à la géographie surtout si le professeur rend cette géographie quotidienne. Le fait que la géographie physique apparaisse non plus comme un élément premier mais comme un élément d’explication, parmi d’autres, d’une situation géographique à l’intérieur d’un système y contribue grandement. L’approche ludique, par l’intermédiaire des jeux existant, le montre bien et permet de prendre en compte la nature (exemple « Le jeu des villes » de Christian Grataloup, dans sa première version), ce que ne manque jamais de faire les élèves qui « aménagent » un espace. La représentation qu’ils ont d’une certaine géographie physique centrée sur les reliefs, les climats, étudiés pour eux-mêmes, est une cause forte dans leur rejet de la géographie. Or, s’interroger quand on fait un stage en entreprise sur la localisation de celle-ci, « pourquoi là et pas ailleurs ? », paraît plus motivant et mobilisateur, en y intégrant la nature comme un élément d’explication possible. Dans les programmes de lycées professionnels, la nature n’a pas disparu, elle n’est pas un élément isolé, mais un élément d’un tout. Au travers de tous les programmes de géographie, la nature est présente pour la place qui lui revient très normalement dans l’étude du fonctionnement d’un espace ou d’un territoire. Didactiquement cela débouche sur une remise en cause importante dans la démarche quant à l’étude d’un espace, en particulier en mettant en avant le manque de pertinence du plan à tiroir inducteur d’un déterminisme d’une part, d’une image négative de la géographie auprès des élèves.

Vive la nature mais à sa juste place dans une géographie science sociale !

 

D’après l’intervention effectuée le 1er mai 2001 au

 GEOFORUM 2001, IUFM de Saint-Denis (93)
 

 Patrick FENOT



[1] Citations extraites des Documents d’accompagnement des programmes ( BEP 1993, Bac Pro 1996), M.E.N. D.L.C.

 
 
 
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